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C'est ici que vous saurez tout sur les bijoux régionaux!


Février 2024

Poinçons sur les bijoux : que dois-je savoir?

Tous les bijoux en métaux précieux sont normalement poinçonnés. Vous trouverez un ou plusieurs poinçons, français mais parfois étrangers, aussi.

 

En France, il existe, pour les bijoux ayant été fabriqués après la Révolution française, deux types de poinçons : 

- le poinçon du métal, qui indique le titre de métal précieux contenu dans l'alliage qui constitue votre bijou 

- le poinçon de l'orfèvre qui a fabriqué votre bijou.

 

Le poinçon de l'orfèvre est très facile à identifier : il est en forme de losange, pour la France. Il reprend ses initiales et un différend (un motif décoratif qui le distingue des autres, comme un soleil, un trèfle, une feuille, une fleur, une étoile, une fleur, ...).

 

Le poinçon de titre vous indique si votre bijou est en or, en platine ou en argent. Et quel est le titre du métal précieux : or 18k, 14k, 9k ou argent 925, 800, ...

Vous connaissez tous le poinçon à la tête d'aigle, il est présent sur les bijoux en or 18k, donc titré 750‰, indiquant un alliage d'or (il existe très peu de bijoux en or massif car l'or massif se tord et se plie trop facilement).

 

Il existe d'autres poinçons plus anciens pour l'or 18k, comme la tête de cheval, la tête de bélier, la tête de rhinocéros, ... insculptés selon les régions de France et les époques.

 

Les bijoux très anciens ne furent pas toujours poinçonnés : c'était un moyen pour l'orfèvre de ne pas payer la taxe afférente à la fabrication du bijou. Et certains de ces bijoux anciens ne peuvent plus recevoir de poinçon à cause de leur fragilité : ils sont donc exemptés, tout comme les bijoux de moins de 3 grammes en or et de moins de 30 grammes en argent.

 

Pour lire un poinçon, une loupe s'impose! La mienne est une X10 et c'est suffisant.

 

Parfois les poinçons sont durs à lire car noircis ou remplis de salissures : la pointe d'un cure-dent en bois sera votre allié de choc pour nettoyer et lire le poinçon. Mais certains ont mal été insculptés : ils sont partiels ou illisibles et le resteront toujours!

 

 

 

Comment nettoyer mes bijoux anciens?

 

Moi, j'utilise de la Pierre d'Argent, presque à sec, une brosse à dents douce, un chiffon doux humide et mes petites mains!

Humidifiez votre brosse et frottez-la sur le produit, qui peut devenir pulvérulant. Et, là, il ne reste plus qu'à frotter, en douceur et longtemps. Une fois que vos mains sont très sales, il ne vous reste qu'à nettoyer votre bijou avec le chiffon humide. Pour plus de brillant, je frotte à nouveau avec une brosse plus dure, histoire d'éliminer les traces de produit.

Attention aux bijoux en serti clos et aux pierres sur paillons! L'eau les fera se ternir et les paillons se couvriront de vert-de-gris. Le bijou sera définitivement endommagé.

Un bon nettoyage, ça rend les mains très très sales! Mais pas mouillées, justes humides!

Un bijou nettoyé correctement, c'est souvent 20 à 30 minutes de travail et le résultat est souvent à la hauteur de mes attentes! 

Croix de Saint-Lô

Les historiens ont trouvé des traces écrites de ce bijou dès le XVIIIème siècle.

Et, il faut remercier la méfiance des normands, qui nous a permise d'avoir tant d'informations au sujet des bijoux de leur région. En effet, dès qu’une personne avait du bien, elle en faisait un inventaire écrit : dot, mariage, décès donnaient lieu systématiquement à un inventaire. Et de fait, les bijoux étaient tous répertoriés et consignés dans de tels documents. Ceci qui explique que les musées possèdent de nombreux écrits, dont certains mentionnant des croix de Saint-Lô.

Dès le XVIème siècle, des orfèvres s'installent dans les grandes villes de la Normandie : Rouen, Fécamp, le Havre, Alençon, Coutances, Caen.

Mais pourquoi trouve-t-on seulement ces croix à la fin du XVIIIème siècle ? En ce replongeant dans le contexte historique, il faut juste se souvenir qu'avant le XVIIIème siècle, ce sont uniquement les nobles, les ecclésiastiques et les notables qui portent des bijoux.

Ce n’est que vers 1820, que toutes les femmes du peuple, y compris les servantes, les jeunes filles et les paysannes rehausseront leur toilette de bijoux en or ou en argent. Les grosses parures étaient cependant réservées aux plus grosses fortunes et portées uniquement pour les fêtes importantes ou les évènements marquants de la communauté.

En outre, il faut garder une notion très importante à l’esprit : la Normandie est une région riche : après cette date, nombreuses seront les normandes à porter les bijoux typiques de leur région. Par conséquence, les bijoux normands ne sont pas du tout rares.

Une notion essentiel concernant le bijou normand est à garder en tête : le bijou normand brille et se doit de briller ! Je vous rappelle que la Normandie est une région riche.

Ceci permet d'expliquer la quantité phénoménale de strass mise sur chaque croix. Les grosses pierres sont toujours entourées d’une couronne de petites pierres, pour plus d’éclat. La normande aime briller en société et montrer son aisance financière, sa place dans la société.

La croix de Saint Lô est l'héritage direct de la croix "drille", plus épaisse et plus petite. La véritable croix de Saint-Lô n’est généralement pas très grande. Mais, cela dit, certaines croix sont très importantes en terme de taille : jusqu’à 25 cm de haut, avec le coulant et parfois, il s'agit même d'une parure car il est possible de trouver les pendants d’oreilles assortis.

La croix de Saint-Lô part d'une base centrale carrée et s'étale élégamment en dentelle. Elle est toujours bâtie de la même manière : un chaton central, rehaussé de strass et trois chatons latéraux, situés sur le même élément. Une pendeloque non amovible (parfois manquante aujourd'hui sur certaines pièces) reprend ce motif, en plus grande taille : chaton central entouré de strass, mais toujours en forme de goutte. Le bas de la croix est branlant : il se balance librement.

La pierre centrale était alors sertie dans le chaton et le chaton était rempli de colophane mêlé à du charbon pour rigidifier la mince couche de métal et éviter les enfoncements. 

Il est certain que le bijou est réalisé d'un seul tenant, sauf pour la partie de la pendeloque.

Voici le mode de fabrication de la croix :

« Dans un os de seiche, on marquait l’emprunte d’une certaine quantité d’ornements dont la réunion formait une croix ; on reliait ces différentes empruntes par des stries assez profondes, on ménageait en haut une ouverture en forme d’entonnoir, on appliquait un deuxième os de seiche sur le premier et on liait le tout. Puis on coulait l’argent fondu par l’ouverture. On obtenait ainsi des ornements. Les chatons des grosses pierres se faisaient à part. C’étaient des viroles coniques soudées sur des fonds légèrement bombés. On assemblait et soudait tous ces éléments pour terminer la croix. » C’était un procédé courant à l’époque, encore employé à Rouen, au début du siècle.

Les croix sont ornées de pierres naturelles au début de leur création : ce sont des quartz fumés que l’on trouvait autrefois dans des carrières proches d’Alençon. Plus tard, pour trouver des pierres plus pures, bien transparentes, les bijoutiers les firent venir des Pyrénées. Les quartz étaient taillés dans des moulins lapidaires et les ouvriers étaient suisses, venus à la demande des normands. Leur travail de grande qualité était reconnu partout en Europe.

Plus tard, ces quartz ont été remplacés par des strass.

La croix de Saint-Lô est une très jolie croix raffinées dont les jonctions sont fines et cassantes. Il n'est pas rare de la trouver accidentée ou incomplète. C'est une croix que ne souffre aucune restauration. Autrefois, il était cependant possible de les retravailler après accidents, avec des soudures à l'étain. Aujourd'hui, peu de bijoutiers acceptent de les réparer, de peur de tout faire fondre.

Le déclin de ce type de bijou se fera lentement, à partir de 1850, détrôné par le bijou de style napoléonien.

Une croix en argent coûtait, pour un modèle fabriqué à Caen, entre 14 et 28 francs, les croix d’or étaient évidemment plus cher.

La croix de Saint-Lô était portée sur une chaine en or, en argent ou sur un ruban de velours noir. Elle se portait parfois avec un coulant, toujours assorti au motif de la croix, car vous le constaterez, il existe une grande variété de motifs possibles sur les croix de Saint Lô.

Il faut être vigilant à ne pas confondre croix de Saint-Lô et croix Drille : l'une est aérienne, l'autre est plus massive.

Sources pour cet article :

- Bijoux des régions de France, Claudette Joannis, Flammarion

- Les bijoux normands, connaître Rouen, III, Marguerite Bruneau

La croix boulonnaise fait partie de la parure dite « de matelotes du Nord », c’est à dire des femmes de pêcheurs et de marins.

Il faut souligner que le groupe social des marins était bien particulier et cette particularité existait dans chaque ville de marins-pêcheurs : cette microsociété vivait dans son quartier et avait ses propres codes. Ses gens se fréquentaient exclusivement et se mariaient uniquement entre eux. 

Chaque communauté avait ses règles et ses usages, sans lien avec le reste de la population et sans aucun désir de s’y intégrer. On a noté que ce mode de vie atypique a existé dès le XVIIIème siècle.

La croix boulonnaise se reconnait du premier coup d’œil : elle est réalisée en fils, enroulés sur eux-mêmes et formant ainsi des motifs, selon le technique du filigrane. Pour information, un gramme d’or peut donner un kilomètre de fil! On trouve aussi cette croix réalisée en argent, enjolivées de demies perles de verre coloré.

La forme générale de la croix s’approche de celle d’un losange. 

Ce qui est paradoxale, c’est qu’elle est à la fois fine, élégante et gracile lorsqu’elle est vue de près, elle semble plutôt massive et lourde en la regardant de loin.

En s’approchant, il est facile de se rendre compte que les fils enroulés imitent les cordages, chers aux marins. Vous remarquerez aussi  des coquilles Saint-Jacques aux quatre angles.

Le bijou se termine par un grelot, une perle ou une petite perle naturelle baroque.

Croix boulonnaise

Cette croix se porte sur une chaine plutôt longue, comme un immense sautoir, appelé "sorcière" dotée d’un fermoir en forme de barillet, à pans émaillés. Le fermoir reproduirait, quant à lui, un flotteur de filets de pêche.

Cette croix se porte avec une bague dite « nœud d’amour » et une paire de boucles d’oreille bien typiques, les « milanos ».

La croix boulonnaise, porteuse d'une forte identité régionale, fût supplantée par la plus banale et plus courante croix jeannette (certainement moins chère aussi), portée avec son coulant en forme de cœur.

Comme dans toutes les populations socialement basses et pauvres, les bijoux sont des fiertés. Ils sont portés dès que l’occasion se présente : grande messe solennelle, mariage, deuil, …finalement tous les évènements de la vie !

Sources pour cet article :

- Bijoux des régions de France, Claudette Joannis, Flammarion, p.171

- http://herve-tavernier.e-monsite.com/pages/bijoux-folkloriques-de-la-cote-d-opale.html

Un site à visiter, je vous le recommande.

On attribue l’origine les bijoux du boulonnais et du Calaisis à l’occupation espagnole, soit au XVIème siècle.

 La croix boulonnaise est une croix filigranée. Elle était offerte par le fiancé au moment du mariage : le couple allait acheter la « mise » que la femme porterait à chaque évènement, avec son costume traditionnel régional. Ils allaient alors à "dorlots" (qui a donné le verbe dorloter = être couverte d'or, dans les mœurs d'autrefois).

Le costume traditionnel boulonnais se composait d’une jupe en soie froncée dans le dos, un casquin garni de dentelle, un châle à franges, une coiffe de dentelle en auréole que l’on appelle « soleil » et de mitaines en soie. Comme tout bijou régional, la croix boulonnaise est étroitement liée au costume traditionnel, qui a connu ses heures de gloires au XIXème siècle.

L’origine de cette parure est donc très certainement espagnole.

Le folkloriste Lionel Bonnemère, qui fit l’acquisition d’une croix boulonnaise au pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne en 1900, remarque que cette croix, d’origine belge, est le modèle des grandes croix d’autel flamandes. D’autre part, le filigrane est une technique arabe transmise aux espagnols qui occupèrent le comté de Flandres jusqu’au XVIIème siècle.

Et voilà, cette croix est l’héritière d’une double culture, remaniée à la sauce du Nord !

Croix des Villards

La croix plate des Villards est une des plus anciennes croix de Savoie et certainement l’une des plus recherchées !

Et d'ailleur les amateurs ne s'y trompent pas, les prix de vente sont vraiment à des années lumières de toutes les autres croix régionales. 

« La grande croix de Saint Colomban ou des Villards est certainement l’une des plus anciennes de Savoie. Fabriquée tout d’abord selon la tradition par les artisans de la vallée, elle est en argent et plate, et présentait autrefois la forme parfaite de la croix grecque. Elle peut mesurer jusqu’à 15 cm dans les deux dimensions. Vers 1830 environ, l’usage s’est établi de décorer d’un trèfle l’extrémité des bras, d’où son appellation de croix en trèfle. Depuis les années 1850-1860, les femmes ont pris l’habitude de faire graver leur nom et prénom sur une face de la branche horizontale, sur le côté figurent les instruments du crucifiement et le monogramme du Christ. Plus tard, la mode s’est répandue de porter des croix Grille à figurine du Christ, de taille semblable à la croix en trèfle. »

Extrait de l’ouvrage : « Bijoux des régions de France », par Claudette Joannis, Flammarion, p.186

C'est donc en Maurienne, à Saint-Colomban-des-Villards, que les femmes portaient ce bijou unique par sa taille et sa forme, sur leur costume traditionnel. C’est un bijou régional simple, efficace, et quelque peu rustique, mais démentiellement imposant, par sa taille hors norme !

Il se dit que les croix anciennes étaient fabriquées à partir de pièces de monnaie en argent fondues, offertes à la future mariée.

Pour être complète, la croix des Villards doit être portée avec son coulant en forme de cœur. Il est lui aussi de belle taille et festonné sur les bords. Cet ensemble était porté sur ruban de satin noir, sur un ruban tricoté, sur une chaine en or, un ruban brodé de perles de rocaille multicolores.

Sur le revers, il est possible de trouver parfois les initiales de la femme qui la portait, pas uniquement son nom en entier et parfois, il est accompagné d'une date. Regardez attentivement les cartes postales anciennes, vous noterez avec intérêt que les jeunes filles portaient elles aussi cette belle et grosse croix... Ce n'est donc pas uniquement une question de mariage, comme pour les autres croix régionales. Or, à ce sujet, il y a très peu d'informations. Pourquoi? Il n'est pas question de secret mais de discretion nous dirons. Les bijoux se transmettent de femme en femme, en dehors de toute règle d'héritage ou de passage chez le notaire. C'est un patrimoine caché, qui se donne et c'est comme cela depuis toujours. D'une manière générale, le montagnard est discret sur ses biens, il ne communique pas sur ses revenus ni sur ses possessions. Un bon moyen de ne pas se faire embêter!

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